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Pétrole
Dialogue de sourds et pressions à Madrid
Le dialogue était tellement stérile mercredi à Madrid entre pays producteurs et consommateurs de pétrole, qui se renvoient à la figure la responsabilité de la flambée du prix du baril, que l'Indonésie, éreintée par le carburant cher, les a appelés à faire des efforts. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a répliqué à l'Agence internationale de l'énergie (AIE), défenseur des intérêts énergétiques des pays développés, qui l'avait attaquée mardi en prévoyant des tensions futures sur le marché en raison d'une offre déficiente. «Avec le haut niveau actuel des prix, on ne peut pas dire qu'il y aura une tension sur le marché à partir de 2012 parce que ce n'est pas vrai», a répondu à l'AIE le secrétaire général de l'OPEP, Abdallah el-Badri, dans les colonnes du quotidien espagnol El Pais.
«Avec ce niveau de prix, s'il y a de la demande, tout le monde fera des investissements et il y aura plus d'offre» en 2012, a argumenté M. Badri, qui devait s'exprimer dans la journée au XIXe Congrès mondial du pétrole où est réuni tout le gotha du secteur depuis lundi et jusqu'à jeudi. Cet échange acide vient s'ajouter au débat interminable qui agite le secteur sur la responsabilité de la spéculation dans la flambée du brut. Alors que les prix du baril de pétrole continuaient d'évoluer mercredi au-dessus des 141 dollars, les pays producteurs accusaient les financiers de se repaître et d'attiser le brasier, les consommateurs jugeant au contraire que les financiers étaient pris comme «boucs émissaires» et que le vrai problème se situait du côté de l'offre future.
M. Badri a «dénoncé le mythe de la pénurie», faisant porter le chapeau de la flambée du baril aux conséquences de la crise financière des «subprime» aux Etats-Unis qui a détourné les financiers vers les matières premières, devenues le produit «le plus attractif pour la spéculation». Il a aussi exhorté les Etats-Unis «à cesser de harceler les pays de l'OPEP», soulignant qu'«avec le boycottage de la Libye, le boycottage de l'Iran et le problème créé en Irak, il y a cinq à six millions de barils par jour qui manquent sur le marché».
L’entêtement de l’AIE qui focalise son attention sur l’OPEP pour justifier la flambée des prix entretenue depuis les principales bourses de spéculation -malgré les rapports de compagnies pétrolières multinationales qui tentent d’éclairer de manière impartiale et surtout technique l’évolution de l’industrie pétrolière en ce début de siècle- a particulièrement gêné le bon déroulement de ce Congrès mondial du pétrole de Madrid qui n’a pu faire avancer le débat également détourné à Djeddah.
Le président indonésien, dont le pays est producteur, membre de l’OPEP, et importateur depuis cette année 2008 à la suite de l’épuisement de ses réserves, intervenant ainsi pour dépassionner le discours de l’agence de l’énergie qui semble baser la défense des intérêts des pays de l’OCDE sur la seule base du libéralisme à outrance, a ainsi appelé à plus de responsabilité les parties impliquées dans la crise actuelle de l’industrie et du commerce pétroliers.
«Il est temps que les pays producteurs, pas seulement l'OPEP et l'Arabie Saoudite mais aussi la Russie et le Venezuela, s'assoient autour d'une table avec les nations consommatrices, avec les Etats-Unis, la Chine et l'Inde, en cessant de s'accuser et se défausser», a déclaré Susilo Bambang Yudhoyono depuis Jakarta. «Il faut qu'ils calculent de combien ils peuvent augmenter leur production. Si cela n'est pas possible, il faut agir pour réduire la consommation de pétrole», a-t-il ajouté. Maîtriser le marché de la consommation pétrolière est sans doute l’ultime solution pour éviter un crash mondial dont l’ampleur ne pourrait être estimée par aucun économiste, conscient de la complexité de la situation internationale en ce début de millénaire.
Chantage et pressions
Aussi, si les pays consommateurs, et principalement l’OCDE, qui -outre le fait qu’ils «confondent» pétrole et OPEP malgré le fait que ce cartel n’intervient qu’à hauteur de 40% des capacités actuelles du marché mondiale- semblent demeurer sourds aux réalités propres à la situation économiques de ces pays producteurs, ignorant systématiquement la manipulation des prix à laquelle procèdent leurs places financières usant et abusant de spéculation, ils ne manquent pas de faire preuve du même abus qui frise le chantage parfois dans tous les cas de situations.
Et l’actualité vient tout juste d’ailleurs d’enregistrer un des plus magistraux exemples de déni de toutes les règles, et pas seulement économiques, à l’occasion de l’un des plus importantes accords passés, dans le domaine du minerais de fer, entre les groupes anglo-australiens Rio Tinto et BHP Billiton et le sidérurgiste chinois Baosteel, lui «faisant d'admettre» que l'Australie est plus près de la Chine que le Brésil… à défaut de quoi et allant chercher ce minerais au Brésil, chez Vale, il se verrait contraint de régler la même note. Sans compter le temps perdu pour la traversée… Chantage ou pas, le chinois Baosteel a été contraint d’accepter une hausse des prix de près de 92% pour continuer à s’approvisionner en minerais à Hamersley, en Australie, où il est le principal client pourtant.
En 2007, le chinois a acheté pas moins de 59,6 millions de tonnes de minerai sur les 112,1 millions de tonnes qu'a produit le site, soit 52,7% de sa production (Certains qui prendraient la défense du conglomérat australo-britannique avancerait les circonstances atténuantes liées à la dette que traine Rio Tinto depuis une dizaine de mois d’une valeur de près de 38 milliards de dollars…).  Il faut savoir que le cours du minerai de fer a bondi de 320%, et que, pour ce qui est de la persistance de Rio Tinto et BHP Billiton dans leur position: les pays émergeant ont besoin de l’acier pour bâtir leur économie.
Qu’ils paient!...
B. Kerma
 
Electricité
Une interconnexion entre l'Algérie et la Libye en étude
Les ministres maghrébins en charge de l'énergie se réuniront aujourd'hui à Alger, pour aborder les questions liées à la coopération énergétique, notamment le renforcement des échanges d'électricité pour faire émerger un véritable marché régional de l'électricité. Les représentants des cinq pays de l'Union du Maghreb Arabe (UMA- Algérie, Maroc, Tunisie, Libye et Mauritanie) étudieront, lors de la 8ème session du conseil ministériel maghrébin de l'Energie et des Mines qui se tiendra après 13 ans d'éclipse, les moyens de renforcer les liaisons intra-maghrébines au niveau de la production et du transport de l'électricité. L'objectif d'un Maghreb interconnecté est de dépasser le stade actuel des secours mutuels instantanés pour créer un véritable marché maghrébin et développer des accords commerciaux à plus long terme vers l'Europe, selon les professionnels du secteur de l'électricité.
Pour l'instant, l'interconnexion au Maghreb se limite à l'Algérie au Maroc et à la Tunisie. La Libye devrait bientôt les rejoindre, selon Haddoud Abdennebi Haddoud, son représentant à la réunion des experts qui s’est tenue hier à Alger pour établir l'ordre du jour de la rencontre ministérielle. L'établissement d'une interconnexion entre l'Algérie et la Libye sera enfin une réalité, le projet est en phase de l'étude de rentabilité économique, a indiqué le représentant du ministère de l'Energie et des Mines, Mohamed Ras El Kef. Quant à l'interconnexion entre la Tunisie et la Libye, elle devrait être achevée en 2010, année durant laquelle les lignes électriques entre l'Algérie et l'Espagne devraient également être installées, alors que la Tunisie et l'Italie seront interconnectées deux ans plus tard.
La ligne reliant l'Algérie à l'Espagne via le Maroc permettra à l'entreprise Sonelgaz d'exporter l'excèdent de sa production d'électricité vers ce pays. Le Maroc est en train de finaliser une ligne de 400 kW qui permettra la jonction avec une ligne de Sonelgaz à l'Ouest du pays, favorisant ainsi une ouverture jusqu'en Espagne, selon les responsables de Sonelgaz. Cependant, l'interconnexion avec la Mauritanie prendra du temps en raison de son faible taux d'électrification, ne dépassant pas les 35% en milieu urbain. Ce retard retardera les délais de réalisation de l'interconnexion complète du Maghreb conformément à la Déclaration d'Athènes de 2003 qui prévoit la constitution d'un marché de l'électricité entre les pays de la région et l'Union européenne (UE) par la création d'une boucle électrique entre les deux rives de la Méditerranée. La mise en place de cette boucle, prévue pour 2010 reliant les pays de la rive sud de la méditerranée (du Maroc à l'Egypte) et ceux de la rive nord (de l'Espagne à la Turquie) vise à garantir à un plus grand nombre de pays le soutien des réseaux voisins en cas de faillite de leur système électrique.
Mounir. A.Y
 
Congrès de Madrid
L’OPEP n’est pas responsable de la flambée du pétrole
Le ministre de l’Energie et des Mines et président en exercice de l’OPEP, Chakib Khelil, a souligné mardi à Madrid que l'organisation pétrolière est en train de déployer actuellement «d’énormes efforts» pour augmenter ses capacités de production. Intervenant devant le 19ème Congrès mondial du pétrole, M. Khelil a indiqué que la production des pays membres de cette organisation «représentera 52% de la demande mondiale du pétrole à l’horizon 2010 contre 40% actuellement».
Pour augmenter la production de pétrole et parvenir à leur objectif de pomper 4 millions de barils/jour supplémentaires en 2012, les pays de l’OPEP devront investir 150 milliards de dollars. M. Khelil a souligné en outre que le prix du brut est  actuellement «très volatil» en raison, a-t-il dit, des doutes sur l’évolution du marché et la demande. Des éléments qui introduisent «d’énormes incertitudes» en matière  d’investissement «devant le risque de parvenir aussi bien à un excès comme à une insuffisance dans la capacité de production», a-t-il expliqué.
Il a tenu à préciser, par ailleurs, que «ce n’est pas l’OPEP qui fixe les prix du marché», affirmant que «ni les pays producteurs, ni les consommateurs ont intérêt à ce que le prix du pétrole soit élevé», car, a-t-il dit, cela «peut détruire la demande». Le ministre a en outre mis l'accent sur le «rôle très important» que continuera à jouer la technologie dans le secteur pétrolier. «C’est cette technologie qui nous permettra de découvrir plus de pétrole, d'augmenter la production et d’économiser de l’énergie au niveau de la demande», a-t-il  précisé. Pour M. Khelil, la question des prix élevés «n’est pas nécessairement le problème du manque de pétrole, mais s'explique par d'autres facteurs comme les incertitudes politiques ou monétaires (dévaluation du dollar)».  Les travaux de cette plénière étaient axés essentiellement sur les perspectives du marche pétrolier, évoquées notamment par le président de la compagnie Chinoise CNOOC, Chengyu Fu, du Vice-ministre russe de l’Energie, Anatoly Yanovsky, du président du groupe français Total, Christophe de Margerie, du Président de ExxonMobil Corp, Rex W. Tillerson et de la présidente de la Commission nationale d’Energie (CNE-Espagne) Maria Teresa Costa. Chengyu Fu a estimé que la Chine et l’Inde auront besoin de 20 millions de barils de brut par an pour les prochaines années, soit 25% de la production mondiale actuelle (86 millions de barils/jour). Selon les estimations du responsable chinois, la demande de pétrole passera des 2,1 barils per capita que nécessitait la Chine en 2006, à 5 barils, un niveau qui reste encore très inférieur au 17 barils par personne que consomment les pays de l’OCDE, a-t-il relevé. Le responsable russe, Anatoly Yanosky a souligné, quant à lui, l’importance de parvenir à l’avenir à des accords entre entreprises et pays producteurs afin d’intensifier l’échange de connaissances pour parvenir aux investissements nécessaires afin de mettre plus de pétrole sur le marché. Des intervenants ont évoqué plusieurs autres questions d’actualité du secteur énergétique comme l’actuel rôle des régulateurs internationaux, la nécessaire harmonisation des politiques énergétiques ou la croissance de la consommation de l’énergie de la part des pays en développement.
La version positive
Dans ce sens, l’américain Rex Tillerson, a affirmé que le «bien-être mondial a progressé et avec lui, par conséquent, la demande énergétique, surtout dans les pays en voie de développement». Plus optimiste, il a présenté une vision positive de la conjoncture actuelle, en affirmant qu’en définitive, l’augmentation de la demande énergétique est un bon signe de la croissance économique mondiale.
M.F
 
Le marché du GNL augmentera de 8%/an jusqu’à 2020
Le PDG de Sonatrach sceptique sur l’«OPEP du gaz»
Le PDG de Sonatrach, Mohamed Meziane a déclaré hier à Madrid que le marché du Gaz naturel liquéfié (GNL) est appelé à avoir taux annuel de croissance de 8% jusqu’à 2020. Intervenant devant le 19ème Congrès mondial du pétrole, M. Meziane a relevé que le gaz naturel, aussi bien liquéfié que par gazoduc, couvre déjà le quart des besoins en énergie du monde et sa croissance dans le futur placera ce secteur dans un «carrefour» entre la régionalisation et la globalisation. M. Meziane a souligné, en outre, la nécessité de remplacer le «modèle classique», basé sur des contrats à long terme, qui actuellement représente 80% du marché, par un autre «plus fluide», c’est-à-dire opter pour des contrats à court terme. Le premier responsable de la Sonatrach a relevé aussi que l’augmentation du prix du gaz durant ces dernières années a permis la réalisation de plusieurs infrastructures comme des usines de regazification et des gazoducs, ce qui a introduit plus de concurrence dans le secteur. Il a également fait part des «risques», pour les pays producteurs de gaz, que supposent les grands investissements nécessaires pour mettre de grandes quantités de gaz sur le marché, ainsi que la volatilité des prix et ce, en dépit des bonnes perspectives de production qui s’annoncent pour le secteur. Pour ce qui est d’une éventuelle création d’une «OPEP pour le gaz», M. Meziane a indiqué que la mise en place d’une organisation de ce genre «n’est pas aisée» et rappelé que les discussions menées par des pays producteurs s’inscrivaient dans le cadre de leur préoccupation pour «coordonner, stabiliser et développer» le marché gazier. «Dans l’intérêt de tous, le marché doit être plus libre et stable, avec des prix justes, avec de la sécurité dans l’offre et la demande», a-t-il affirmé. Pour sa part, la directrice du département du gaz de Shell, Linda Cook, a souligné que le gaz naturel qui est «l’acteur favori» du nouveau schéma énergétique mondial est marqué par une forte augmentation de la demande et par de plus grandes exigences en matière d’environnement. Dans ce sens, elle a demandé aux pays producteurs des cadres d’investissement stables, la mise en place d’une législation internationale sur le commerce du CO2 et une option ferme pour des technologies et des politiques énergétiques efficaces. Selon elle, à l’horizon 2030, l’Union européenne devra importer 75% du gaz qu’elle consomme, devant les 45% actuels et ce, en raison de l’augmentation de la demande et de l’épuisement des réserves en Europe. Enfin, le président de l’entreprise norvégienne StatoilHydro Helge Lund, a affirmé que les centrales de génération d’électricité au moyen du gaz naturel sont une «option excellente» pour réduire les émissions de CO2 et parvenir aux objectifs environnementaux fixés par l’UE.
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